Chronique de “Horace à la campagne”, de  Xavier Patier

Horace, le poète latin, bien sûr. Il me tardait de lire cet essai. Mais… habent sua fata libelli. À peine paru, aussitôt détruit dans l’horrible incendie de l’entrepôt des Belles Lettres, d’où partirent en fumée des « Budé » par centaines de milliers. Pour en appeler de ce destin mort-né, la « petite vermillon » de la Table Ronde nous rend ce texte, et c’est un bonheur. Pour moi le même bonheur jadis éprouvé à la lecture du Virgile de Brasillach, et de son Corneille. Même vivacité, même liberté d’esprit et de plume, même affranchissement de la patine érudite, même présence au lecteur.

            Par formules piquantes, qui feraient de si bons sujets de dissertation… : « Une autobiographie ne nous en apprend pas plus sur un auteur qu’un seul de ses romans, s’il est grand. » « À tout prendre, mieux vaut un écrivain sans œuvre que l’imposture d’une œuvre sans écrivain ».

            Par images frappantes : « À trente ans, nous devons prendre une option météo pour le voyage du grand  large ; certains optent pour la voile quand d’autres décident de ramer. »

            Par fausses bonnes idées : « Il existe deux races d’écrivains. La première, qui est celle de Mauriac ou de Proust, idolâtre son enfance. Elle est composée d’auteurs qui puisent tout en eux-mêmes. Leur œuvre descend de plus en plus profond, comme un forage pétrolier. La seconde, qui est celle de Malraux ou de Kessel, déteste la sienne. Ces écrivains-là se sont coupés de la source première ; il leur faut voyager. Leur œuvre s’étale de plus en plus, comme une flaque.» Toujours ce classique besoin des critiques de classer l’inclassable. Et toujours le même échec, avoué par Patier : « Où situer Horace ? Avec les deux justement. Son génie est d’appartenir aux deux clans… »

à suivre …

 

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