Chronique de “Horace à la campagne”, FIN

Par savoureuses actualisations : « Horace, à l’université d’Athènes, se trouve dans la situation d’un khâgneux de province qui intègrerait la rue d’Ulm en 1990 : trop tard ! Il fallait faire Polytechnique sous Carnot, Normale sous Bergson, l’ENA sous Debré et l’université d’Athènes sous Aristote. Après… » Et celle-ci encore, à propos des traducteurs d’Horace, qui nous ramène au Tour que nous venons de quitter : « Tous les plus grands tentèrent leur chance en alexandrins comme les cyclistes font le Ventoux, parfois avec bonheur et dans la roue d’un autre, comme Boileau derrière Malherbe, ou avec un peu de raideur et en danseuse, comme Leconte de Lisle qui, avec Horace, tirait un braquet trop gros pour ses mollets chétifs et acheva les dernières épodes en état de perdition. »

            Par implication personnelle. On pourrait en choisir dix exemples : « Agaçant travers de ramener les choses à moi », dit Patier. En l’occurrence, felix culpa ! « Comme Régis Debray le dit à propos de lui-même, ces excellents jeunes gens de l’entourage de Brutus sont ¢¢républicains comme on était monarchiste au XIXe siècle¢¢ — et j’ai bien envie d’ajouter comme on est gaulliste aujourd’hui. Trop tard ! Ils trépignent sur le quai de l’Histoire quand le train est déjà loin et la gare sinistre. Ils finissent au buffet pour noyer entre copains leur spleen en s’étonnant de leur prodigieuse et stérile lucidité. J’ai connu ça, à Brive. » Étonnant le trop tard chez Patier : la khâgne, la politique. Reste au moins la chasse à courre. Et une foi dont la proclamation sereine a quelque chose de saisissant. Je n’en garde qu’un cri d’effroi, devant un trop tôt, qui fut celui d’Horace et de Virgile : «Etre né dans un monde où le Christ n’est pas encore venu : quelle inimaginable solitude ! »

            Désormais, je n’aimerai plus Horace sans lui associer Xavier Patier. (La Table Ronde, 160 p., 7 €)

Originally posted 2021-04-19 17:18:47.

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