lecture de : Les lois de l’attraction – Bret Easton Ellis [1987]


Le roman prend place au milieu des années 80, dans un campus universitaire du New Hampshire. On y suit la vie de plusieurs étudiants dont les seules préoccupations sont le sexe, l’alcool et la drogue. Paul couche avec Sean qui est amoureux de Lauren qui veut sortir avec Victor qui aime Jaime qui couche avec Mitchell qui est déjà sorti avec Paul. Tout cela dans une ambiance délurée, où l’excès devient une condition sine qua non au plaisir et à l’amusement. Ils en oublieraient presque les cours et les profs, qui sont anecdotiques. Plus rien de compte, sauf la défonce.

Bret Easton Ellis dresse ici le portrait acide d’une jeunesse américaine favorisée qui se fout de tout, mais surtout de la raison pour laquelle elle est là : les études. Profiter de la vie avant d’avoir des responsabilités est la seule chose qui importe. Et puisqu’ils savent que de toute façon, ils auront leur diplôme et seront à l’abri, ils n’hésitent pas une seconde. Malgré leur mode de vie dépravé, ils réussiront à devenir des adultes et des parents respectables.

L’écriture du roman est brute, crue, sans faux-semblant ni pudeur. Les personnages racontent eux-mêmes l’histoire dans un langage très familier, parfois grossier et vulgaire. Le lecteur a l’impression que l’auteur a laissé le soin à ses personnages d’écrire le roman à sa place. Aucune intervention de l’auteur donc, on lit les faits racontés en toute subjectivité. Parfois, ils se recoupent, le lecteur connait donc les sentiments des différents personnages présents lors de la scène (ce qui permet de voir que bien souvent, ils se trompent sur les intentions de leurs camarades). D’autres personnages préfèrent se taire sur certains évènements, à l’instar de la relation homosexuelle entre Paul et Sean, que le premier décrit, alors que le second n’en fait jamais allusion.

Le livre commence et s’achève en plein milieu d’une phrase, ce qui donne un côté voyeur au lecteur, comme s’il avait allumé sa télé et était tombé sur un programme de télé-réalité, qu’il aurait éteint ensuite. On retrouve les personnages dans d’autres romans. Ainsi Sean Bateman est le frère de Patrick, héros de American Psycho, dans lequel il apparait, ainsi que son ami Paul. Patrick fait également une apparition dans Les lois de l’attraction. Mitchell apparait dans Lunar Park, Victor et Lauren dans Glamorama et Clay dans Moins que zéro. Tout est lié.

Quelques passages sont quand même un peu longs et font traîner le récit. Certains ne seront pas convaincus par ce livre à cause de son style percutant et des personnages extrêmes, auxquels ils auront du mal à s’identifier. D’autres, en revanche, adoreront ce roman acerbe et rentre-dedans, avec une grande diversité de personnages. C’est ce qui m’a plu!

Les lois de l’attraction, de Bret Easton Ellis
Editions 10/18
344 pages

News Reporter