Avis sur la BD : Les forêts d’Opale, t. 2  –  Arleston, Pellet, Goussale

Auteur : Arleston, Pellet, Goussale
Titre :
Les forêts d’Opale, t. 2 : L’envers du grimoire
Editeur :
Soleil
Collection :
Année :
2001

 

On sait depuis la série des Eymerich de V.Evangelisti que la figure de l’Inquisiteur – à laquelle Dostoïevski, en son temps et devançant son temps, avait déjà donné forte consistance dans Les frères Karamazov – se prête idéalement à toutes les métamorphoses livresques. La bande-dessinée ne demeure pas à l’écart, comme en témoigne cette saga d’heroïc-fantasy, « Les Forêts d’Opale », scénarisée par Scotch Arleston, à qui l’on doit déjà l’épopée Lanfeust de Troy (Soleil). Qui dit inquisition, de quelque époque, de quelque lieu, de quelque religion qu’il s’agisse dit aussi hérésie. Disons-le au pluriel, puisque c’est précisément le statut de la singularité qui s’en trouve immuablement bafoué : qui dit inquisiteurs dit hérétiques. Dans ces pages c’est plutôt l’inverse qui se produit : la présentation d’une poignée d’hérétiques amène le lecteur à inférer l’existence d’une caste menaçante.

L’abusive instance religieuse est celle du « clergé de Lumière », force obscurantiste qui tait son nom par antonymie et dirige d’une main de fer les forêts dont sont constitués les « cinq royaumes » d’Opale, sous la férule despotique du pontife Xarchias. Habité par une folie égo-centrique, drappée dans son achat de soie à peindre,  celui-ci déroge avec fatuité aux principes autrefois instaurés par les Titans, mythiques fondateurs du monde d’Opale, mais un jeune garçon, Darko descendant de « Cothars L’hérétique » menace la pyramide instable au sommet de laquelle Xarchias et ses nervis sont parvenus à se jucher. Possesseur d’un bracelet magique, lui permettant entre autres d’appeler à la rescousse Gorgh – un monstre à mi-chemin entre le « Samouraï » de Brazil et le « Capitaine Electrique » de Running Man (pour ceux qui ne connaissent pas : un obèse cuirassé aux yeux fort rouges et bardé de cornes, qui dévaste tout) – Darko cherche à mettre la main sur le grimoire rédigé par son ancêtre pouvant lui apprendre comment restaurer les Titans et contrôler les pouvoirs extraordinaires dudit bracelet.

Ayant au passage, vous l’aurez sans doute compris, éradiqué cette vermine de Xarchias – et si vous ne l’avez pas saisi, vous êtes condamnés à lire Les frères Karamazov dont le format quoique stimulant au niveau intellectuel excède largement les 48 pages de cette BD, il est vrai ! Voilà donc nos hérétiques revenus au cœur des Cinq royaumes, la capitale Le Havre de lumière où trône aux côtés des Palais des Titans la Bibliothèque qui contient le grimoire tant convoité… Les décors sont époustouflants, les monstres du Havre, saisissants, et la colorisation, impeccable. Si l’oncle de Darko, vieux troubadour sur le retour, est un personnage mille fois vu, l’alléchante Sleïlo, soeur du héros lui-même symbole d’une sorte de Darth Vador éphèbe-blondinet, est aussi brunette que bien proportionnée, ce qui ne mange pas de pain.

Bref et sans verser pour autant dans un Tomb Raider uchronique, cet enlevé et humoristique « Envers du grimoire » vaut bien qu’on damne son âme sur le bûcher du 9e art. Si jamais la tenue velléitaire de l’hérétique de service ne vous tente pas, il reste encore la défroque de l’inquisiteur hystérique à endosser…

News Reporter