St françois d’assise, Raoul Manselli

Raoul Manselli fait œuvre d’historien : son approche, revendiquée comme “ laïque ” (d’où, peut-être, l’absence du mot “ saint ” dans le titre ?), éloignée donc du Saint François d’Assise de Jacques Le Goff , laisse aux psychologues et aux théologiens les dimensions subjective et religieuse du personnage.

L’auteur le resitue dans le cadre de l’Europe et de l’Eglise de la fin du XIIe siècle, avant d’aborder la vie même de saint François. Celui qui mène une vie insouciante, mais point débauchée (comme le veut la légende), passe de l’autre côté du “ miroir social ” après sa rencontre décisive avec le lépreux : bien intégré, par sa famille et sa fortune, dans la vie d’Assise, il choisit le statut de réprouvé. Or ce choix pervertit totalement l’ordre de son temps. Saint François se qualifie de “ ioculator Domini ”, sorte de fou de Dieu, de “ fol en Christ ”, peut-être en référence à saint Paul, et inaugure l’évangélisation de rue, seule façon de prêcher qui lui soit permise, puisqu’il n’est pas un clerc admis à la chaire.

L’attrait qu’il exerce sur la jeunesse de son temps se vérifie quand, pour la première fois, une jeune fille, de 11 ans sa cadette, demande à le rejoindre. Il accepte d’assouplir sa règle pour Claire et de l’adapter à d’autres femmes qui la suivraient. Les derniers temps de sa vie sont marqués par la souffrance, tant physique que morale : il sent la fragilité de son entreprise, craignant la décadence de l’esprit originel de l’Ordre. Ces quelques lignes ne sauraient rendre compte de toutes les qualités de ce livre passionnant.

L’historien l’aime et l’admire, c’est certain, mais sa subjectivité, contrôlée, n’empêche pas la rigueur !

St françois d’assise , Raoul Manselli , Cerf/Editions franciscaines, 600 p., 45 €

 

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